2016-06-14

Mère Émilie Gamelin (La Metropole.com, juillet 12)

Mère Gamelin laissera un précieux héritage et, à l’image de sa fondatrice, la congrégation demeura très active. Plus de cent ans après sa fondation, elle sera présente non seulement à Montréal et au Québec, mais aussi aux États-Unis et en Amérique latine. Les bonnes sœurs s’emploieront à aider les pauvres et les malades, mais aussi les infirmes, les vieillards et les malades mentaux. Par exemple, nous leur devons l’érection de l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu, aujourd’hui Louis-Hyppolite-La Fontaine et de l’école des sourdes-muettes sur la rue Saint-Denis. Depuis quelques années, les Sœurs de la Providence occupent une nouvelle maison-mère dans le nord de Montréal. Dans ce splendide édifice, on peut se recueillir sur la tombe de Mère Gamelin et visiter un musée dédié à sa mémoire.


Le parc Émilie-Gamelin fut ainsi nommé en l’honneur de cette grande dame et aussi en l’honneur de l’Asile de la Providence qui fut construit à cet endroit en 1843. Mère Gamelin, aidée des autres sœurs, y accueillit les malades, les vieux et les infirmes, de même que la fameuse « œuvre de la soupe ». Comme quoi, la présence d’itinérants à cet endroit n’est pas un phénomène récent! Modernité oblige, l’asile fut démoli pour la construction de la station de métro Berri-de-Montigny, aujourd’hui Berri-UQAM. Par la suite, ce terrain devint un monstrueux stationnement. Il fallut attendre le 350e anniversaire de Montréal pour que la ville propose l’érection d’un espace public et on le dédia à la mémoire de cette femme exceptionnelle que fut Mère Gamelin. Elle illustre parfaitement cette force tranquille et cette modestie si caractéristique des Canadiens français. 






Quand vous entrerez dans l’édicule élancé et vitré de la station de métro Berri-UQAM, ou quand vous ressortirez des entrailles de la ville, vous verrez une belle statue de bronze. Elle sera penchée vers vous et vous tendra une main généreuse. Après avoir vu sa cornette, sa longue robe noire et son crucifix, après avoir constaté qu’elle transporte un panier de victuailles destiné à une famille dans le besoin, vous la reconnaîtrez : vous serez en face de Mère Gamelin. Prenez cette main qu’elle vous tend. Elle vous aidera et vous encouragera, comme elle l’a si souvent fait tout au long de sa vie. En notre époque affligeante, Mère Gamelin pourra être une source inépuisable d’inspiration. Jamais les infortunes et les tourments de la vie n’ont pu endiguer ni sa force ni sa foi. Non seulement, son œuvre est digne des grands bâtisseurs, mais Mère Gamelin a su démontrer que le dévouement face aux malheurs d’autrui, le courage devant nos propres malheurs et l’humilité devant le créateur ne sont pas des vertus d’un obscur ancien temps. Elles traversent tous les âges et toutes les époques, jusqu’à aujourd’hui.

2016-06-11

La Miséricorde divine et Émilie Gamelin

« Dieu, riche en miséricorde » (Ép. 2, 4) «Le bon Dieu avait des vues de miséricorde sur moi. » Sr Gamelin

Émilie Gamelin entourée de
ses pauvres.
Nous vivons présentement dans l'Église une Année Sainte, celle du Jubilé de la Miséricorde, commencée le 8 décembre 2015 et qui se terminera le 20 novembre 2016. N'est-ce pas « l'année de bienfaits » annoncée déjà par le prophète Isaïe? (Is 61, 1-2)

Notre Pape François introduit la « Bulle  d'indiction du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde » par ces mots : « Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père. Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier. Devenue vivante et visible, elle atteint son sommet en Jésus de Nazareth. Le Père, « riche en miséricorde » (Ép 2,4,) après avoir révélé son nom à Moïse comme « Dieu tendre et miséricordieux,... » (Ex34,6) n'a pas cessé de faire connaître sa nature divine. Lorsqu'est venue la « plénitude des temps » (Ga 4,4), Il envoya son Fils né de la Vierge Marie, pour nous révéler de façon définitive son amour... À travers sa parole, ses gestes et toute sa personne Jésus de Nazareth révèle la miséricorde de Dieu ».
De plus, le 12 janvier dernier, le premier livre du pape François, intitulé Le nom de Dieu est miséricorde, était présenté à Rome et, dans cet ouvrage, le pape François propose un chemin, et affirme que « la miséricorde est la carte d'identité de notre Dieu ». Il invite à « faire l'expérience du don de Dieu. Un don qui encourage et rend capable de «recommencer à nouveau », qui laisse  «entrevoir la miséricorde de Dieu ».

Voilà l'itinéraire suivi par notre bienheureuse Émilie Gamelin qui, au cours de sa vie, se remettait en toute confiance entre les mains de Dieu; à preuve ses « Notes de retraites», où on retrouve presque à chaque page : le mot miséricorde. En voici quelques extraits :

« Je me suis mise en présence du Seigneur et j'ai mis ma confiance en sa grande miséricorde. » (1847)
« Plusieurs femmes sont venues me chercher pour mettre la paix dans leur maison 
et dans sa miséricorde, Dieu a voulu se servir de moi pour réconcilier des ménages brouillés » (1847)
« Quelle a été grande votre miséricorde à mon égard! » (1848)
« Oubliez, Seigneur, les péchés de ma vie, ne vous souvenez à mon
égard que de votre grande miséricorde. » (1848)
« Je m'abandonne à votre grande miséricorde. » (1850)
« Je suis pénétrée de misère... Pardon, Seigneur, et miséricorde (1851)

Émilie rejoignait déjà ce que souligne le pape dans son récent volume : « se reconnaître pécheur est une grâce », et se sentir regardé et aimé de Jésus, cela « change la vie ». Dans la bulle d'indiction, n° 15, le pape poursuit : « J'ai un grand désir que le peuple chrétien réfléchisse durant le Jubilé sur les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles. Ce sera une façon de réveiller notre conscience souvent endormie face au drame de la pauvreté et de pénétrer au cœur de l'Évangile, où les pauvres sont les destinataires privilégiés de la miséricorde divine. »

Notre fondatrice Émilie Tavernier-Gamelin, femme de compassion, femme de miséricorde, a vraiment penché son cœur sur toute misère humaine.

Il me semble la voir circuler dans les rues du Montréal de 1830-50, donner à manger à ceux qui ont faim Œuvre de la soupe), visiter les malades, les démunis, abriter les vieillards (Asile de la Providence), accueillir les étrangers (Irlandais), visiter  les prisonniers (prison de Montréal), soigner les malades (typhus, choléra), accompagner les mourants, etc..  Femme de compassion et de miséricorde!

Et cette compassion a été contagieuse, à preuve, le dévouement des Dames de charité qui l'ont assistée pour secourir les pauvres à domicile, le soin des dames âgées et infirmes, des orphelins, des enfants pauvres des écoles, la visite des prisonniers, la formation de bonnes filles de service, la préparation des remèdes, l'organisation de bazars, la distribution de repas, la collaboration de médecins qui acceptent de soigner gratuitement les pauvres, etc.... (Et plus tard, ses filles, les Soeurs de la Providence)

Tiré du Bulletin des Associées & Associés Providence par
Yvette Demers, s.p.
Vice-postulatrice
Cause Émilie Tavernier-Gamelin




2016-05-22

Un témoin de la compassion d'Émilie Gamelin pour les patriotes...

Voici un document à l'appui du fait de la compassion de la Servante de Dieu envers les prisonniers et leurs familles.

Un premier témoin est Sophie Longtin (1825-1914). Fille du prisonnier Jacques Longtin, elle deviendra plus tard Sœur Jean-Baptiste, s.p., et elle racontera comment elle a visité son père en prison, grâce à Madame Gamelin, le 8 novembre 1838. Nous donnons ci-après ce récit puisqu'il tient lieu d'original. Maintes fois cet épisode fut raconté par des contemporaines de Sœur Jean-Baptiste dont quelques-unes vivent encore aujourd'hui (1888).124 la témoin: Extr.: Vie de Mère Gamelin... (1900) op. cit., pp. 44-46.

«Le 8 novembre 1838, elle [Sophie Longtin] vint à Montréal avec sa mère pour tenter de pénétrer auprès du captif. La permission leur en fut refusée, et leur douleur fut d'autant plus grande que la loi martiale avait été proclamée la veille même, et que des rumeurs sinistres circulaient sur le sort réservé aux infortunés détenus. Dans son affliction, la pauvre femme se rendit chez madame Gamelin pour lui demander conseil et assistance.

«Celle-ci, raconte sœur Jean-Baptiste (Sophie Longtin), ne pouvant amener ma mère à la prison, à cause du refus qu'elle venait d'essuyer, eut la délicatesse de me prendre avec elle pour sa visite quotidienne. Je partis donc avec madame Gamelin, l'aidant à porter ses provisions, dont une part était destinée à mon pauvre père. J'avais le cœur bien gros, et des larmes brûlantes coulaient le long de mes joues, en songeant que j'allais voir mon père bien aimé, prisonnier dans cet affreux donjon, lui si bon et que nous aimions tant! «Nous traversâmes la cour de la prison entre deux rangées de soldats armés. Le guichetier ouvrit une immense porte en fer et la referma sur nous. Je tremblais de tous mes membres, mais madame Gamelin me rassura avec une bonté toute maternelle.

«Bientôt nous fûmes dans la salle des détenus. En l'apercevant, les prisonniers allèrent au-devant d'elle comme au-devant d'une mère. Elle les salua en leur disant: "Je viens voir comment se portent mes enfants aujour­d'hui!" Pendant qu'elle leur distribuait les messages de leurs familles et ses provisions, parmi lesquelles il y avait du tabac et des friandises, je pus voir mon bon père. Je ne sais ce que je lui dis, mes sanglots m'étouffaient; mais cette entrevue est restée pour toujours gravée dans mon esprit.
«Durant cette longue visite, madame Gamelin fit à ses chers prisonniers une courte lecture de piété, comme elle le faisait toujours; elle récita le chapelet avec eux et, sur le point de partir, leur dit en souriant: «Si vous voulez bien, avant que je me retire, nous allons faire ensemble notre prière du soir.» Et tous ces braves gens, s'agenouillant sur les dalles, mêlèrent une dernière fois dans la prière leur voix à celle de leur ange consolateur.

«Cent douze patriotes subirent leur procès devant la Cour martiale, du 28 novembre 1838 au 1er mai 1839; quatre-vingt-dix-huit furent condamnés à mort; douze furent exécutés; douze, mis hors de cause ou acquittés; trente, libérés sous caution, et cinquante-huit, exilés.»

2016-03-25

Émilie Gamelin et Notre-Dame des Douleurs

En ce Vendredi-Saint où la Vierge des Douleurs a suivi son fils portant sa croix, où elle a assisté debout au pied de la croix, à son crucifiement et où elle le reçu dans ses bras à sa descente de la croix, nous comprenons mieux ses douleurs atroces de mère. Une femme après elle et à son exemple , Émilie Tavernier Gamelin, s'est tenue debout au moment du décès de son époux et de ses trois enfants. Lisons un extrait d'un opuscule parut 25 ans après son décès où elle parle de sa dévotion à Notre-Dame des Douleurs:

"Elle"(Émilie Gamelin) trouve un charme particulier à parler de cette dévotion et elle aime à rappeler que son directeur spirituel (M. Saint-Pierre) lui a donné Notre-Dame des Sept-Douleurs comme seule consolation dans ses épreuves. Elle dit qu'elle a toujours regardé la Mère de la Compassion comme sa patronne et sa protectrice. Aussi, malgré les obstacles de tous genres, elle parvint, pour la première fois, à faire imprimer, dans notre ville, l'effigie du scapulaire de Notre-Dame des Sept-Douleurs. Sa dévotion à la Compassion de Marie est si bien connue, que le chanoine Hyacinthe Hudon, vicaire général, voyant en France un groupe représentant Notre-Dame des Sept-Douleurs, se rappelle aussitôt la dévotion de notre vénérée Mère. Il fait l'acquisition de cette pieuse représentation, l'expédie en Canada, afin qu'elle soit déposée dans l'Eglise de la Providence. Comment après ces exemples de cette pieuse Fondatrice ne pas aimer Notre-Dame des Sept-Douleurs, comment ne pas se confier en sa bonté maternelle?... Elle a trop protégé la mère pour ne pas protéger (ceux et celles) qui veulent marcher sur ses traces."

À visionner le vidéo suivant:

Film sur la Vierge des douleurs



2016-03-01

Derniers mois d'Émilie sur terre...

Au moment où une terrible maladie a envahie les bateaux des immigrants  irlandais, le gouvernement laisse totalement aux religieuses le soin de ces malades ; il refuse d’intervenir malgré l’ampleur du désastre et les supplications de l’évêque de Montréal. Mgr Bourget écrit à ses fidèles : « Faites aux autres ce que vous voudriez qu’on vous fît..! » Les Montréalais répondent à l’appel : « Nous allons adopter les orphelins dont les parents sont décédés durant l’épidémie. Et nous les traiterons comme nos propres enfants. »

Mais que faire avec tous les autres ces enfants devenus orphelins par la mort de leurs parents ? Mgr Bourget demande aux Sœurs de la Providence : Transformez une de vos maisons en orphelinat pour recevoir ces pauvres petits. » Il va lui-même aider à y transporter 150 enfants âgés de quelques mois à 15 ans. Plusieurs d’entre eux sont couverts de vermine et font terriblement pitié à voir : les sœurs vont s’en occuper, les soigner et sauver leur vie.

Pour instruire ces enfants et tous ceux qui courent dans les rues de Montréal, les Sœurs de la Providence décident de prendre en charge l’école Saint-Jacques. « Le Seigneur nous veut au service de tous les enfants, il faut, nous en occuper », dit Mère Gamelin. « Accueillons les petites filles qui doivent s’instruire, si elles veulent devenir  les femmes heureuses et utiles à notre société ;  et les petits garçons, pour qu’ils fassent de bons papas et de braves citoyens. »

Emilie et la société de son temps

Eveillée aux réalités sociales, Emilie aidait des personnes à trouver un toit et une formation pour d'autres qui donnaient un service à domicile. Elle a répondu aux besoins des immigrants, des orphelines, des personnes sans éducation. Comme les personnes sourdes n'avaient aucun recours, Emilie a cherché des façons de répondre à leurs besoins. Le manque d'assistance aux personnes mentalement perturbées a touché son cœur et lui a inspiré une nouvelle grande œuvre secourable. Adulte, mature, le cœur plein de compassion! Invitée, elle a répondu! Et nous, aujourd'hui ?

2016-02-24

PRIÈRE D’UNE PERSONNE AGÉE

Bénis soient ceux qui comprennent que mes pieds sont devenus lents
et que mes mains tremblent.
Bénies soient celles qui acceptent que mes yeux ne voient plus bien
et que mes oreilles entendent difficilement.
Bénies soient celles qui me sourient
et s’arrêtent pour bavarder avec moi.
Bénies soient toutes les personnes qui sont bonnes pour moi,
je ne les oublierai pas quand je serai auprès de Dieu.

‘’Soleils de vie’’
Phil Bosmans

Émilie Gamelin avait au coeur ce sentiment qu'on appelle COMPASSION, 
envers les personnes âgées qu'elle accueillait dans sa maison,
jusqu'à 32, nous disent les Chroniques du temps.
Thérèse Dr.

2016-02-18

Émilie Gamelin et la providence, en ce jour anniversaire

Émilie Tavernier naît le 19 février 1800 à Montréal, la dernière de 15 enfants dont 9 étaient déjà décédés à sa naissance. La famille Tavernier était installée sur une terre appelée ‘Fief Providence’, située au nord de la ville de Montréal. Un détail ordinaire peut-être, ce nom de Providence, mais qui aura son importance dans la vie d’Émilie, car le peuple donnera plus tard à son œuvre le nom de ‘providence’ , en se disant les uns les autres : ‘C’est une vraie providence’ ou ‘allons à la providence’ !
Toute jeune,  Émilie admire sa mère qui, malgré leurs modestes moyens, ne laisse jamais aucun mendiant, qui frappe à leur porte, repartir les mains vides. Émilie Gamelin a été cette femme appelée à vivre sous l'enseigne Providence. Sa vie entière nous parle de la sollicitude fidèle de Dieu.

A chaque moment de sa vie, elle est en relation avec Dieu qui se communique à elle par les événements et les personnes. Elle est consciente de ses failles et de ses échecs, mais convaincue de pouvoir, à un moment de grâce, dépasser les limites même de sa nature. Elle a le courage de croire en la divine bonté appelée Dieu et elle sait que cette Providence divine enveloppera d'amour sa propre histoire.

Sa communion constante avec la divine présence devient la base et l'horizon de toutes ses expériences et de sa sécurité. C'est la lumière dans laquelle elle voit toutes choses, le point de référence avec lequel elle évalue les événements, les faits, les relations et les situations dans sa vie. La Providence, c'est le regard qu'elle porte continuellement sur le pauvre.
Lorsque la nuit est au degré le plus sombre, elle prend ses ‘’lunettes Providence’’ et elle demeure convaincue que la "Providence se lèvera avant le soleil’’. Parce qu'elle se sait aimée et objet de l'amour divin, elle agit avec grande confiance, ce qui lui permet d’apporter le calme et la paix aux personnes anxieuses qu'elle rencontre.

Nous rendons hommage  à Émilie Gamelin et nous rendons grâce au Dieu Providence pour cette vie si bien remplie et totalement vouée au profit des plus faibles que Jésus a tant aimés et à qui il a montré un visage de miséricorde et de tendresse. À nous comme à Émilie, il redit : ‘’J’avais faim…, j’étais seul…, j’étais prisonnier…, et vous êtes venus jusqu’à moi’’. Nous aussi, allons de par les rues, dans nos milieux, et annonçons à tous la Bonne Nouvelle d’un Dieu Providence qui nous aime et nous invite à participer à son œuvre de salut.

Émilie Gamelin s’est sentie appelée par la Bonté divine à être cette bonté pour les autres, à aller là où d'autres ne peuvent aller, regardant et sentant ce que les autres ne peuvent voir et sentir.

Pour notre réflexion :  ’Aujourd'hui comment cette Femme Providence nous parle-t-elle? Quelle parole spéciale dit-elle à un monde inquiet et anxieux? Quel trait de la face de Jésus révèle-t-elle à ceux qui la connaissent?
Th.Dr.

2015-12-16

Émilie Tavernier Gamelin, la femme insaisissable..


En cherchant autre chose dans mes fichiers, je trouve ce beau texte d'une homélie faite par le Père Gérald Chaput un jour. Je ne peux m'empêcher de vous le partager.


Il convient de rendre grâce pour cette femme insaisissable que fut, dans notre histoire, Émilie Gamelin. Rendre grâce pour le bien qu'elle a fait en tissant un maillage humain si serré avec les habitants de la périphérie qu'elle n'a perdu aucun de ceux que tu m'as donnés (Cf. Jn 18, 9).
Bien avant l'arrivée des réseaux sociaux actuels, cette femme initia en écoutant les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses de son temps, un réseau de solidarité dont elle fut la tête dirigeante durant toute sa vie.  Ce matin, notre jubilation est de voir se poursuivre à travers une communauté, son entêtement à ne pas laisser sans voix les sans voix.
Femme insaisissable, contrairement aux us et coutumes de la nature humaine d'hier et d'aujourd'hui, elle n'a pas engrangé pour elle-même, ni comptabilisé à son profit tout ce qu'elle a entrepris pour donner voix aux sans voix. Elle était moins préoccupée à promouvoir sa renommée que par  sortir de la périphérie les laissés-pour-compte.

Femme insaisissable, vaillante, elle a fait voir à son entourage des vidéos qui n'intéressaient personnes. Elle n'était pas très empressée de garder pour elle des informations qu'on devait taire. Elle privilégiait plutôt de montrer ce qui ne se montrait pas. Ce qui ne se voyait pas. Elle a refusé de rayer de la carte ceux qui n'étaient pas montrables. Elle a porté une cause humanitaire, dirions-nous aujourd'hui. Personne autre que Dieu n'avait pouvoir sur elle parce que tout lui avait été donné d'en haut (cf. Jn 19, 11). 

Elle a proposé de lancer le bouton : je n'aime PAS du tout. Elle n'a pas hésité à «retweeter» au quotidien, la passion de Jésus devenue sa passion, pour le peuple de la périphérie. Son seul péché, à elle et à ses «followers», fut d'incarner la bonne nouvelle en redonnant de la dignité à ceux qui vivaient en mode exclusion. Si notre regard aujourd'hui nous entraîne au péché de ne pas sortir, débranchons-le (Mt. 18, 8) pour le rebrancher sur sa manière de vivre.

Femme insaisissable, elle ne vivait pas selon ce mode humain si revendiqué aujourd'hui, de tout tourner, retourner vers nous-mêmes. Elle ne vivait et ne pensait qu'en mode divin, mode désappropriation d'elle-même,   d'abaissement et de renoncement kénotique. Son «je» était Le sien. Ce n'est plus moi qui vis (Gal 2, 20). Son âme contemplative lui a fait abandonner tout contrôle sur sa vie. Elle ne se souciait que de vivre à la mode Jésus, celle de porter droitement et fermement (Imitation de Jésus Christ, livre III) comme lui la volonté de son Père : offrir une parole salutaire, de salut à tous.  

Le Dieu de sa foi était son tout. Son époux. Incarner Jésus était son tout. Elle ne désirait rien d'autre que cela. Elle ne goûtait que cela. Elle n'avait de goût que pour Dieu qu'elle voyait en se tenant en périphérie. Elle n'a pas manqué d'huile (cf. Mt 25,1-13) ni contristé (Ep 4, 30) l'Esprit de Dieu dans sa manière de vivre. Elle vivait une grande paix et une imprenable joie intérieure. Sa vie fut un retournement de la nature et de ses tendances égoïstes en mouvement de grande compassion pour les autres. Elle fut PROVIDENCE DE DIEU.  C'est ce qui mesure la qualité de toute vie chrétienne.

Aujourd'hui, l'Église de chez nous peut la considérer avec quelques autres, comme une pionnière d'une église «sorteuse» que le pape François nomme plus éloquemment, celle de la périphérie, ce lieu moins que fascinant mais qui a tellement séduit, sa vie durant, Jésus de Nazareth. Émilie Gamelin voyait la beauté de l'Incarnation dans son contraire: les très-bas.

Cette femme insaisissable a conservé toute sa vie l'inquiétude (pape François) de chercher Dieu non pas par le chemin de l'union à Dieu mais plutôt par celui de l'imitation de Jésus. C'était pour elle plus que du mimétisme mais bien de devenir son image et ressemblance auprès de moins que rien. Seigneur allume en nos cœurs une charité toujours en éveil pour qu'à son exemple, nous soyons de plus en plus la providence des pauvres (Oraison). AMEN.

2015-12-05

Émilie et les aînés

Les  aînés n'ont-ils pas  été  à  l'aurore de nos  existences, ceux qui ont guidé  nos pas, orienté nos actions, écarté de notre route les obstacles, et soutenu  de leurs  conseils  et de leur  prière, nos vies  d'adolescents  puis  d'adultes.

Émilie savait découvrir ceux et celles pour qui le grand âge fait bond arrière et qui se retrouvent parfois au matin de leur existence dans leur comportement physique et psychique; ceux-là qui ont besoin à leur tour d'une main tendue, d'un cœur accueillant, d'une âme faite de compassion et de compréhension, même si entre le point de départ et le point d'arrivée, il y eut parfois des ombres au tableau des générations.

Retrouvons-la, Émilie, la toute donnée, auprès de Dodais, l'être privé de raison, qui réclame d'elle les soins les plus empressés; pendant de longues années, elle oubliera sa jeunesse et sa liberté pour lui être disponible et dévouée. La vieille maman de ce pauvre idiot, la suivra de son regard reconnaissant et Émilie leur sera présente jusque dans la mort.

Suivons-la, Émilie, sur la rue Ste-Catherine d'alors( 1830…). Son grand cœur trouvait trop étroite la maison qui avait abrité Jean-Baptiste et leurs trois poupons. Partis, elle sollicitera espace plus grand pour les « aînées » qu'elle a vus de ses yeux, dans de pauvres mansardes. Et le bon curé du temps lui donnera le bas d'une école, à l'angle de la rue St-Laurent, pour seconder son désir de leur venir en aide.

Trop petit bientôt, ce local se déplacera vers l'ouest, et cette fois à l'angle des rues Ste-Catherine et St-Philippe, pour être à la mesure d'un cœur qui s'élargit, face à la souffrance du grand âge. Cette résidence  était située à l'actuel Complexe Desjardins.

Mais, à Dieu ne plaise, d'autres attendent et requièrent des services aussi nombreux que nécessaires. On emménagera ailleurs pour  donner libre cours aux dévouements multiples pour ceux que l'âge a  perclus ou obnubilés. Ces « aînés » ont droit à plus d'attention et plus  d'amour que quiconque, et Émilie ne compte plus les heures et les jours, ni les années mêmes, elle ne compte pas davantage sur sa propre sécurité, ni sur une vie rebâtie sur ses deuils ou ses possibilités; seul compte pour elle l'amour de Dieu -qui se fait Providence- dans un amour  du prochain, chaque jour renouvelé.


Et là, tout près, sur le versant nord de cette même rue Ste-Catherine, l'Asile de la Providence naîtra pour perpétuer, par Émilie et ses filles, ce don héroïque et persévérant dont Montréal bénéficiera jusqu'à l'aurore de l'an 2000. C'est ce qu'on appelle des « aînées" devenues aînées à leur tour, pour préparer la voie aux aînées de demain, car ainsi va la vie sous le regard de la Providence.  

Extrait d’une lettre de sœur Thérèse Frigon, s.p.

2015-11-28

Prière à la Providence par l'intercession d'Émilie Gamelin

Dieu-Providence, toi qu’Emilie a reconnu dans l’enfant orphelin, dans le jeune sans travail, dans le couple en difficulté, dans le malade isolé, dans le pauvre sans toit, dans le vieillard sans ami, fais qu’à son exemple nous donnions de notre confort et de notre temps pour te servir en eux.

Accorde-nous la faveur que nous sollicitons par son intercession… si telle est ta sainte Volonté. (Prière finale)

Providence de Dieu, Toi qui as fait don à Emilie d’une charité toute compatissante pour tous ceux qui souffrent, souviens-toi de sa foi, illumine de ta clarté la route de ceux et celles qui t’implorent par son intercession et glorifie ta fidèle Servante, la Bienheureuse Emilie Gamelin. Amen.


2015-10-27

Les amis d'Émilie

Un peu remise du décès de son époux et de ses enfants, Émilie découvre que les besoins dépassent de beaucoup les ressources disponibles à Montréal. Dès 1829, deux ans après la mort de tous ses êtres chers, elle décide d'ouvrir sa propre maison à celles qui seront au coeur de son oeuvre : les dames âgées.

 L'année suivante, elle obtient l'autorisation d'utiliser le bas d'une maison du faubourg Saint-Laurent pour installer « ses vieilles ». Madame Gamelin peut compter sur divers appuis pour nourrir, vêtir et chauffer ses protégées.

La vie en groupe de ces femmes d'origines diverses n'est pas toujours de tout repos, et Émilie fait tout pour que règne l'harmonie. Celles qui le peuvent aident à gagner le pain quotidien, par leurs travaux à l'ouvroir ou en quêtant. Émilie frappe aux portes des plus nantis ou encore demande qu'on lui laisse les restes de table des hôtels de la ville.

En 1836, M. Olivier Berthelet, un donateur généreux, se laisse émouvoir par la grandeur de l'oeuvre et offre à Madame Gamelin l'usage de la grande « Maison jaune ». Elle achète, à même ses fonds, le terrain adjacent qui permet d'avoir accès à un puits et à des arbres fruitiers. La maison, située près de l'évêché, est visitée par les prêtres. Elle pourra abriter jusqu'à 32 femmes et sera également le berceau de la future communauté religieuse.

Publié au site de l'ancienne Communauté virtuelle Affinitiz par Th. Dr.
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La Providence des pauvres


Portrait d’une femme

Emilie Tavernier-Gamelin, fille d’Antoine Tavernier et de Marie-Josephte Maurice, naît le 19 février 1800 à Montréal sur la Terre Providence. Enfant, elle perd sa mère. Une vie bousculée par les épreuves et les séparations ouvre son esprit aux misères humaines.

Emilie Tavernier épouse Jean-Baptiste Gamelin, un pomiculteur de Montréal. Trois enfants naissent de cette union. La maladie foudroie cette famille: en cinq ans, Émilie perd ses enfants et son mari.

À travers ses souffrances, Émilie Tavernier-Gamelin bâtit une œuvre sociale qui rejoint le projet des autorités religieuses face à une mauvaise conjoncture économique, à une immigration massive, à une incurie du gouvernement et à une société canadienne- française en proie aux injustices et aux misères de la colonisation sous le régime anglais.

Instigatrice reconnue de multiples œuvres de charité, elle s'y consacre pleinement et généreusement. Elle organise l’association des dames de l’Asile de la Providence et, en 1843, Émilie Tavernier-Gamelin fonde la communauté des Filles de la Charité, Servantes des Pauvres, dites Sœurs de la Providence.
Surnommée La Providence des pauvres, cette femme au cœur attentif parcourt, tout au long de sa vie, un sentier qui fait d’elle, au 19e siècle, une femme d’action au cœur de l'Église canadienne dans un esprit de compassion, de charité et de service. 

Tiré d’un livret sur le Musée de la Providence, 12o55 rue Grenet, Montréal, 

2015-09-25

ÉMILIE EST PASSÉE...

Comme Jésus, dont on dit qu’il est passé en faisant le bien car il ne peut s’empêcher d’aller vers toute souffrance, Émilie, elle aussi, par sa vie et son œuvre a laissé passer Jésus pour faire le bien aux pauvres, aux malades, aux personnes qui sont seules, abandonnées. Toutes les œuvres d’amour qui sont sorties de son cœur témoignent qu’elle portait Dieu.

  L’histoire de la vie d’Émilie témoigne qu’elle était mue par un grand humanisme, mais surtout qu’il y avait en elle un amour de compassion qui lui faisait contempler la dignité qui habite tous les souffrants de la terre.

Cet humanisme et cet amour de compassion : deux pôles qui ont permis au Christ de dire son amour et d’être proche des enfants orphelins, des personnes âgées, des victimes du typhus, etc… en passant par Émilie.

Cette force en elle est encore vivante aujourd’hui.  Des merveilles de guérison, de compassion, de dévouement, d’amour se réalisent de nos jours, par la présence et l’intercession d’Émilie, celle qui a voulu se faire ‘la servante et l’amie des pauvres’.  Bien plus, nombreuses sont les personnes qui veulent la prendre pour modèle, alors son cheminement de vie devient leur cheminement, ses pieds sont leurs pieds;  Émilie marche où nous marchons, elle s’arrête où nous nous arrêtons, elle parle quand nous parlons. 

Émilie, continue de vivre dans nos vies,
 dans tous nos gestes de compassion.

Publié par Thérèse Dr.
Conférence du postulateur Fitzpatrick



2015-09-23

Bienheureuse Émilie Tavernier-Gamelin


165ième anniversaire du décès d'Émilie:

Née à Montréal en 1800, Émilie Tavernier apprend de sa mère la confiance en Dieu-Providence. Au fil des épreuves que sont la mort de ses parents, de sa soeur, de deux de ses frères, puis celle de ses enfants et de son mari, Jean-Baptiste Gamelin, germe en son cœur une compassion profonde. Les itinérants, les orphelins, les sans-travail, les prisonniers, les sourds, les isolés, les malades, voilà sa famille. Émilie gagne des parentes et des amies à ses gestes de dévouement.  À la demande de Mgr Bourget, la Congrégation des Sœurs de la Providence est fondée en 1843. Engagée comme laïc, puis comme religieuse, Émilie Tavernier-Gamelin demeure un modèle pour notre temps parce que "des pauvres, il y en aura toujours parmi nous".


Extrait du Prions en Église : Messe de la Bienheureuse Émilie Tavernier-Gamelin (24 sept)

2015-09-17

Qu’est-ce qu’une personne de compassion?

La première personne qui me vient à l'esprit est une fille née ici, à Montréal, il y 215 ans. Toute sa vie, elle a répondu fidèlement aux besoins des personnes. Elle a laissé un héritage qui demeure bien vivant : celui de la compassion pour les pauvres, de la générosité et d’une confiance profonde en la Providence. Nous femmes et hommes de la Providence la connaissons sous le nom d’Émilie Tavernier Gamelin. L'Église a confirmé cet héritage en faisant d’elle la Bienheureuse Émilie Tavernier-Gamelin. Les récits illustrant sa foi, son audace et son dynamisme pour répondre aux besoins des pauvres continuent à influencer notre foi, notre vie, nos relations et notre service.
La bienheureuse Émilie, femme de compassion, savait faire preuve d'empathie et agir pour les autres dans leurs moments  de souffrance et de joie. Sa compassion incarnait ce que Meister Eckhart, moine dominicain allemand, enseignait : « Ce qui arrive à l’autre que ce soit une joie ou une peine, m’arrive à moi ... ; la compassion c’est là où la paix embrasse la justice. » 

Qui est une femme/un homme de compassion aujourd'hui?  Une personne de compassion ...

reconnaît le caractère sacré de sa personne, de l’autre et de la terre et respecte ce caractère. L’amour, l’humilité et l’unité émanent de sa présence;

s’émeut aussi bien du chagrin que de la joie de l’autre. Souvent, la personne en larmes est poussée à agir pour être une avec l’autre. Parfois cette action consiste simplement à être présente à l’autre, et les mots sont alors superflus;

est constamment présente pour écouter, encourager, provoquer et partager, avec les personnes nécessiteuses, le rôle mutuel de donner et recevoir la compassion;


est aussi attentive que Marie aux noces de Cana. Une telle personne est en mesure de ressentir et de connaître en profondeur qui est l’autre et où il est. Dans l’action, et parfois même sans paroles, cette personne transmet le message: « Tu n’es pas laissé(e) à toi-même... »;

elle possède la créativité et la vision des possibilités. ;

est sensible à la situation de l’autre. En allant vers celui-ci, elle peut reconnaître et procurer les ressources internes et externes qui créeront quelque chose de neuf.

2015-09-15

En cette fête de Notre-Dame des Douleurs....

« Il y a cependant une dévotion de Mère Gamelin qu’il faut détacher de toutes les autres, parce qu’elle a animé toute son œuvre et qu’elle l’a laissée en précieux héritage à ses filles. C’est la dévotion à Notre-Dame des  Sept Douleurs. Voilà ce qui a joué un rôle décisif dans sa vie.
Prostrée par la mort de son mari et de ses enfants, épouse et mère sans postérité, elle frôlait, une fois dans sa vie, l’abîme du désespoir, quand son directeur, M. Bréguier dit Saint-Pierre, lui fit présent d’un tableau de Notre-Dame des Douleurs. Contemplant l’immense compassion de Marie, qui communiait aux souffrances de son Fils perdu et retrouvait par là une maternité innombrable sur les pécheurs rachetés, madame Gamelin reconnut la signification de sa propre douleur. Elle comprit que la maternité de la chair, plénitude naturelle de la femme, n’épuisait pas les capacités de son sexe. Sa foi et son éducation l’avaient préparée à comprendre qu’une fécondité infiniment plus riche lui restait accessible.

C’est alors qu’elle s’était levée et avait quitté sa maison, pèlerine du bon secours, pour recueillir et embrasser dans un amour élargi tous les abandonnés et les sans-soutien de sa ville. Méditant les douleurs de la Vierge, de station en station de la Passion, la vertueuse veuve éprouva l’efficacité infinie de la souffrance rédemptrice. Cette révélation l’anima désormais. Mis dans la confidence, Mgr Bourget ne put que seconder cette inspiration vivifiante. Car, c’est en la fête des Sept-Douleurs de la Vierge qu’il établit la famille de la Providence, pour que, chaque année, l’action de grâce fût retrempée dans la compassion virginale. Mère Gamelin n’aura rien de plus à cœur que d’inculquer à ses filles ce mystère de mort et de vie, par lequel sa propre souffrance avait fleuri et porté ses fruits. »

Mère Gamelin, femme de compassion, p 66 et 67
Image de Notre-Dame des Douleurs 
L’infolettre du Centre International Providence
 15 septembre 2013

Pour demander une faveur à Émilie par l'intercession de la Vierge des Douleur  : heritage1843@yahoo.ca
offerte à Madame Gamelin par son confesseur en 1827.




2015-09-03

Les pauvres avaient toujours de quoi manger, se vêtir et se loger...

Vie  de Mère Gamelin (chapitre 1V, pp. 33-34)

Son refuge, qui compta bientôt trente internes, constituait déjà, pour ses ressources, une œuvre considérable. Elle (Mme Gamelin) avait à pourvoir à toutes les dépenses du loyer, du chauffage, de la nourriture et du vêtement. Que de fois, ne sachant où aller tendre la main, le cœur gros d’inquiétude, voyant ses pauvres sur le point de manquer de nourriture, elle s’était demandé si elle n’avait pas trop présumé de ses forces et tenté la divine Providence, en s’aventurant dans une œuvre dont le lendemain demeurait incertain. Mais Dieu, qui nourrit les oiseaux du ciel et pare le lys des champs, ne l’avait jamais laissée sans secours.

 Dieu, qui nourrit les oiseaux du ciel et pare le lys des champs, ne l’avait jamais laissée sans secours.

Un jour d’hiver, entre autres, où elle venait d’acheter quelques cordons de bois, il ne lui restait pas un sou pour se procurer le dîner de sa maisonnée, qui avait mangé le matin même son dernier morceau de pain. En proie à la plus vive inquiétude, elle entra dans l’église Notre –Dame et,  se prosternant au pied du tabernacle, elle versa des larmes abondantes,  «Seigneur, disait-elle, ne savez-vous pas que vos pauvres n’ont plus rien  à manger?» Puis elle se releva pleine de courage, sûre que le Dieu de l’Eucharistie avait entendu sa plainte. Essuyant ses larmes, elle allait se rendre au marché pour y tendre la main, quand un vieillard vénérable s’approcha d’elle et lui dit: «N’êtes-vous pas cette dame Gamelin qui s’occupe des pauvres?» Et sur sa réponse affirmative, il lui remit un billet de vingt-cinq louis. Elle n’eut pas le temps de le remercier, il s’était déjà éloigné.
Qui se refuserait à voir dans ce fait une intervention extraordinaire de Dieu?
 Madame Gamelin conçut alors le projet de former une société de dames qui l’aideraient dans la visite des pauvres à domicile et dans les quêtes journalières que nécessitait le soutien de son asile. Elle jouissait de la  confiance générale. À ce moment, les critiques qui avait accueilli le commencement de son œuvre étaient tombées devant sa persévérance et son succès . On sentait qu’elle avait une mission providentielle à remplir.

Pain Providence p.38