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2016-06-14

Mère Émilie Gamelin (La Metropole.com, juillet 12)

Mère Gamelin laissera un précieux héritage et, à l’image de sa fondatrice, la congrégation demeura très active. Plus de cent ans après sa fondation, elle sera présente non seulement à Montréal et au Québec, mais aussi aux États-Unis et en Amérique latine. Les bonnes sœurs s’emploieront à aider les pauvres et les malades, mais aussi les infirmes, les vieillards et les malades mentaux. Par exemple, nous leur devons l’érection de l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu, aujourd’hui Louis-Hyppolite-La Fontaine et de l’école des sourdes-muettes sur la rue Saint-Denis. Depuis quelques années, les Sœurs de la Providence occupent une nouvelle maison-mère dans le nord de Montréal. Dans ce splendide édifice, on peut se recueillir sur la tombe de Mère Gamelin et visiter un musée dédié à sa mémoire.


Le parc Émilie-Gamelin fut ainsi nommé en l’honneur de cette grande dame et aussi en l’honneur de l’Asile de la Providence qui fut construit à cet endroit en 1843. Mère Gamelin, aidée des autres sœurs, y accueillit les malades, les vieux et les infirmes, de même que la fameuse « œuvre de la soupe ». Comme quoi, la présence d’itinérants à cet endroit n’est pas un phénomène récent! Modernité oblige, l’asile fut démoli pour la construction de la station de métro Berri-de-Montigny, aujourd’hui Berri-UQAM. Par la suite, ce terrain devint un monstrueux stationnement. Il fallut attendre le 350e anniversaire de Montréal pour que la ville propose l’érection d’un espace public et on le dédia à la mémoire de cette femme exceptionnelle que fut Mère Gamelin. Elle illustre parfaitement cette force tranquille et cette modestie si caractéristique des Canadiens français. 






Quand vous entrerez dans l’édicule élancé et vitré de la station de métro Berri-UQAM, ou quand vous ressortirez des entrailles de la ville, vous verrez une belle statue de bronze. Elle sera penchée vers vous et vous tendra une main généreuse. Après avoir vu sa cornette, sa longue robe noire et son crucifix, après avoir constaté qu’elle transporte un panier de victuailles destiné à une famille dans le besoin, vous la reconnaîtrez : vous serez en face de Mère Gamelin. Prenez cette main qu’elle vous tend. Elle vous aidera et vous encouragera, comme elle l’a si souvent fait tout au long de sa vie. En notre époque affligeante, Mère Gamelin pourra être une source inépuisable d’inspiration. Jamais les infortunes et les tourments de la vie n’ont pu endiguer ni sa force ni sa foi. Non seulement, son œuvre est digne des grands bâtisseurs, mais Mère Gamelin a su démontrer que le dévouement face aux malheurs d’autrui, le courage devant nos propres malheurs et l’humilité devant le créateur ne sont pas des vertus d’un obscur ancien temps. Elles traversent tous les âges et toutes les époques, jusqu’à aujourd’hui.

2016-03-25

Émilie Gamelin et Notre-Dame des Douleurs

En ce Vendredi-Saint où la Vierge des Douleurs a suivi son fils portant sa croix, où elle a assisté debout au pied de la croix, à son crucifiement et où elle le reçu dans ses bras à sa descente de la croix, nous comprenons mieux ses douleurs atroces de mère. Une femme après elle et à son exemple , Émilie Tavernier Gamelin, s'est tenue debout au moment du décès de son époux et de ses trois enfants. Lisons un extrait d'un opuscule parut 25 ans après son décès où elle parle de sa dévotion à Notre-Dame des Douleurs:

"Elle"(Émilie Gamelin) trouve un charme particulier à parler de cette dévotion et elle aime à rappeler que son directeur spirituel (M. Saint-Pierre) lui a donné Notre-Dame des Sept-Douleurs comme seule consolation dans ses épreuves. Elle dit qu'elle a toujours regardé la Mère de la Compassion comme sa patronne et sa protectrice. Aussi, malgré les obstacles de tous genres, elle parvint, pour la première fois, à faire imprimer, dans notre ville, l'effigie du scapulaire de Notre-Dame des Sept-Douleurs. Sa dévotion à la Compassion de Marie est si bien connue, que le chanoine Hyacinthe Hudon, vicaire général, voyant en France un groupe représentant Notre-Dame des Sept-Douleurs, se rappelle aussitôt la dévotion de notre vénérée Mère. Il fait l'acquisition de cette pieuse représentation, l'expédie en Canada, afin qu'elle soit déposée dans l'Eglise de la Providence. Comment après ces exemples de cette pieuse Fondatrice ne pas aimer Notre-Dame des Sept-Douleurs, comment ne pas se confier en sa bonté maternelle?... Elle a trop protégé la mère pour ne pas protéger (ceux et celles) qui veulent marcher sur ses traces."

À visionner le vidéo suivant:

Film sur la Vierge des douleurs



2015-07-30

Comme Émilie: compassion pour tous


·        Faire preuve de compassion : accompagner une personne dans l'écoute, le non-jugement, l'acception de ce que la personne vit. Lui donner espoir, lui aider à ce qu'elle trouve la sérénité. Prier pour elle et, si elle le désire, prier avec elle.

·  «Ne pas tomber dans la pitié : on limite alors la personne:« Elle fait donc pitié, elle ne 
s'en sortira jamais... »Comme si la personne n'avait pas intérieurement ce qu'il faut pour s'en sortir ou pour passer à travers l'épreuve qu'elle vit.

·        Croire à l'amour inconditionnel du Père Providence envers chacun de ses enfants : dans leurs limites de toutes sortes, dans leurs faiblesses, particulièrement lorsqu'il y a une dépendance à l'alcool, au jeu, etc.
·        Se rappeler également l'amour qu'Émilie et son mari ont eu pour  Dodais: les personnes avec de lourds handicaps, un handicap mental, de graves dépressions, la démence, les pertes cognitives... aux yeux de Dieu, il n'y a aucune différence et s'il y en a une, c'est qu'il aime peut-être un peu plus ces personnes tout comme il aime également les brebis perdues.


·        Une personne qui a compris que l'amour du plus petit passe par notre           présence est certainement   Jean Vanier.

2015-06-27

UNE PLACE PUBLIQUE nommée Place Émilie Gamelin

Un terrain situé à l'intersection des rues Berri et Ste-Catherine, à Montréal, aura changé de fonction à trois reprises : d'abord un édifice, appelé Asile de la Providence, fut construit en 1841 pour venir en aide aux malades, aux vieillards et aux sans-abri. C'est en ce lieu que fut fondée l'Oeuvre de la soupe, une œuvre charitable qui distribua, pendant près de 120 ans, pas moins de 500 bols de soupe par jour aux nécessiteux.

En 1963, la Ville de Montréal achète ce terrain afin de permettre la construction du métro. Au cours de la démolition un incendie ravage ce qui reste de l'Asile.Par la suite, l'endroit est occupé par un terrain de stationnement durant près de 30 ans, puis on choisit d'en faire une place publique, aménagée en 1992, puis appelée définitivement Place Émilie-Gamelin, en 1995, en l'honneur d'Émilie Gamelin qui a arpenté les rues du quartier, rencontré des démunis, visité des prisonniers, soigné des malades et y a laissé sa vie, à l'âge de 51 ans.

Le site est aujourd'hui occupé occasionnellement par des festivités et, de façon plus régulière, par des sans-abri, les amis d'Émilie.

Cet été 2015, on y a aménagé LES JARDINS GAMELIN, avec tables et parasols, resto-bar-café, culture de fleurs, légumes et  petits fruits vendus au kiosque. Du 2 au 12 juillet, des activités de cirque seront présentées selon le programme :
‘‘Montréal complètement cirque’’

Rejoignons les artistes, les professionnels et le public pour prolonger le plaisir. Émilie Gamelin s’en réjouira sûrement.

2014-09-30

Et la Providence veillait!

Extrait de « Vie de Mère Gamelin » (chap. 1V, p.33)

Son refuge, (Asile de la Providence) où aller tendre la main, le cœur gros d’inquiétude, voyant ses pauvres sur le point de manquer de nourriture, elle s’était demandé si elle n’avait pas trop présumé de ses forces et tenté la divine Providence, en s’aventurant dans une œuvre dont le lendemain demeurait incertain. Mais Dieu, qui nourrit les oiseaux du ciel et pare le lys des champs, ne l’avait jamais laissée sans secours.
qui compta bientôt trente internes, constituait déjà, pour ses ressources, une œuvre considérable. Elle (Mme Gamelin) avait à pourvoir à toutes les dépenses du loyer, du chauffage, de la nourriture et du vêtement. Que de fois, ne sachant

Un jour d’ hiver, entre autres, où elle venait d’acheter quelques cordons de bois, il ne lui restait pas un sou pour se procurer le dîner de sa maisonnée, qui avait mangé le matin même son dernier morceau de pain. En proie à la plus vive inquiétude, elle entra dans l’église Notre-Dame et, se prosternant au pied du tabernacle, elle versa des larmes abondantes : « Seigneur, disait-elle, ne savez-vous pas que vos pauvres n’ont plus rien à manger? » puis elle se releva pleine de courage, sûre que le Dieu de l’Eucharistie avait entendu sa plainte. Essuyant ses larmes, elle allait se rendre au marché pour y tendre la main, quand un vieillard vénérable s’approcha d’elle et lui dit : « N’êtes-vous pas cette dame Gamelin qui s’occupe des pauvres?  Et sur sa réponse affirmative, il lui remit un billet de vingt-cinq louis. Elle n’eut pas le temps de le remercier, il s’était déjà éloigné.

Qui se refuserait à voir dans ce fait une intervention extraordinaire de Dieu

2014-07-24

Mère Gamelin et le Service Social

En venant vous entretenir de « Mère Gamelin et le Service Social », je n'ai pas l'intention de présenter 
une conférence savante, fortement charpentée, à base de documents et étayée de nombreuses références,
ce que, d'ailleurs, je n'aurais pu faire. Je veux, tout simplement, souligner un aspect de l'activité charitable de 
notre vénérée Mère Fondatrice et lui offrir, en même temps, un filial hommage d'admiration et de gratitude. 
Ce ne sera une surprise pour personne, nous semble-t-il, que d'entendre une Sœur de la Providence parler de
la fondatrice de son Institut  et du sceau qu'elle a imprimé à la charité dans le Montréal de la dernière moitié 
du XIXe siècle.

Ce XIXe siècle venait à peine de naître que Marie-Émilie-Eugène Tavernier ouvrait les yeux à la lumière. Il est une
 ironie des noms comme il en est une des choses : la famille dans laquelle l'enfant vient prendre place porte le nom de 
« Tavernier dit Sanspitié ». Son grand-père, Julien Tavernier, venu de Picardie à Montréal, était sergent dans la 
Compagnie du chevalier de Lacorne. Il tombait glorieusement au champ d'honneur en juillet 1756, dans les environs 
du lac Champlain, laissant une veuve et quatre enfants dont le plus jeune, Antoine, fut le père de notre Fondatrice.

Dès ses plus jeunes années, la petite semble vouloir faire mentir le nom de « Sanspitié » accolé à celui de « Tavernier ». 
La précocité de sa compassion envers les pauvres fait l'étonnement de son entourage. Sa maman, heureuse de constater les belles dispositions de sa fillette, se plaît à faire passer par ses mains enfantines, l'aumône destinée au mendiant 
qui la sollicite pour l'amour du bon Dieu. Or, un matin, Émilie voit venir dans le chemin montant qui conduit  à la maison paternelle, un vieillard qui s'avance péniblement, appuyé sur son bâton. Elle se hâte à sa rencontre avec son petit panier plein de provisions qu'elle jette dans la grande besace que le mendiant ouvre  devant elle. En voyant sa légère offrande s'abîmer dans le fond du sac, elle se met à pleurer et revient vers sa maman : « Maman, maman, le sac n'est pas plein ! » Celle-ci essaie de lui faire comprendre, pour la consoler, que le pauvre commence sa tournée quotidienne et que, à son retour, le soir, il aura suffisamment ramassé pour subvenir aux besoins de sa famille. Mais, pour son cœur compatissant, la besace du pauvre lui paraît déjà, et lui paraîtra toujours, trop grande, jusqu'à ce qu'elle lui ait donné ses biens, sa santé, sa vie, tous les trésors de son esprit et de son cœur.

2014-07-15

La compassion à la manière d'Émilie Gamelin


 Faire preuve de compassion : accompagner une personne dans l'écoute, le non-jugement, l'acception de ce que la personne vit. Lui donner espoir, lui aider à ce qu'elle trouve de sérénité. Prier pour elle et, si elle le désire, prier avec elle. 

«Ne pas tomber dans la pitié :  
on limite  alors la personne:
« Elle fait donc pitié, elle ne s'en sortira jamais... »
Comme si la personne n'avait pas intérieurement ce qu'il faut pour s'en sortir ou pour passer à travers l'épreuve qu'elle vit.
 

  
 Croire à l'amour inconditionnel du Père envers chacun de ses enfants :  
  dans leurs limites de toutes sortes, dans leurs faiblesses,       
particulièrement lorsqu'il y a une dépendance à  l'alcool, au jeu, etc.  

Se rappeler également l'amour qu'Émilie et son mari ont eu pour Dodais: 
 les personnes avec de lourds handicaps, un handicap mental,  de graves dépressions, la démence, les pertes cognitives..aux yeux de Dieu, il n'y aucune différence et s'il y en a une, c'est qu'il aime peut-être un peu plus ces personnes tout comme il aime également les brebis perdues.

Une personne qui a compris que l'amour du plus petit:passe par notre présence est certainement plus compatissante   Jean Vanier
 


                 

2013-12-31

FRUITS DE VIGNE: Émilie Gamelin et sa Mission Prophétique

 Bien avant nous, une femme Mme Émilie Gamelin) a jeté un long regard sur les souffrances de ses        compatriotes et, telle une vigne qui étend ses sarments, elle a multiplié sa présence, son appui, son action, pour leur permettre de croître et de devenir pleinement, par leur vie, une hymne au Dieu qui fit l'univers,

"Elle a considéré un champ et l'a acheté; du fruit de ses mains elle a planté une vigne" (Prov., 31, 16).

 Le Montréal de 1800, comme la vigne, étend lui aussi ses ramifications. Mais, du haut de l'imposant Mont-Royal, on ne peut soupçonner ce que la ville cache de souffrances multiples, de cœurs brisés et broyés.

         Une population indigente gémit en certains quartiers; des hommes, des femmes, des enfants même n'ont d'autres chances de survie que ce qu'on veut bien leur donner.
     
Cette femme s'est engagée d'un pas alerte sur la route des sans-pain, des sans-logis, des sans-voix. Émilie Tavernier-Gamelin a entendu leur appel, elle a voulu vivre pour eux et avec eux le reste de ses jours. Elle est née tout près d'eux, et elle les a vus bien des fois frapper à la porte de sa demeure. Elle a grandi en apprenant à accueillir ceux et celles qui ont faim, qui connaissent la solitude et le manque d'amour. Épouse et mère, elle a connu des heures de joie, mais aussi des heures bien sombres puisque son époux et ses trois enfants sont morts en moins de cinq ans. Marie, Mère de compassion, s'est alors révélée à elle et, en femme courageuse, elle s'est engagée à sa suite, et comme laïque et comme religieuse, sur les voies d'une compassion agissante.

 Près de la Vierge du Bon Secours, Madame Gamelin venait raviver ses forces. Puis, vaillante, elle se rendait au marché quêter pour ses protégés. Quelle joie pour elle de leur donner du pain, avec un bon sourire et une parole de réconfort.

2013-10-18

LA PROVIDENCE VEILLE....

A l'instar des dames de la cour de Louis X111 , qui se dépouillèrent spontanément de leurs joyaux pour secourir les enfants abandonnés dont St-Vincent-de-Paul venait de leur révéler éloquemment la détresse, madame Gamelin elle-même avait renoncé à tout ce qui pouvait sentir la vanité ou la mondanité.

Les travaux et les occupations nouvelles que lui créait cette multiplication d'activité charitable ne l'empêchaient pas de donner à ses vieilles le même temps et les mêmes soins affectueux et assidus qu'auparavant. Ses chères vieilles allaient être confiées aux Sœurs de Charité que l'évêque Mgr Bourget feraient venir de France. Elle se consolait en se disant que ses sœurs seraient pour elles de vraies mères comme elle voulait l'être elle-même. En attendant, elle continuait de les servir à table, de présider à leurs exercices de piété, de leur prodiguer ses attentions délicates et tendres.

Son âme généreuse trouvait une autre consolation à voir son zèle et son initiative multiplier au loin les fruits de charité que suscitait son exemple et celui de ses associées. Les paroisses de la campagne et des petites villes environnantes ne tardèrent pas, à l'exemple de Montréal, à organiser à leur tour des associations de dames de charité. Touchant exemple de la contagion du bien et de l'émulation chrétienne!

Un contretemps providentiel survint qui sembla devoir un instant renverser toute espérance et compromettre à jamais les fruits de tant d'efforts et de travail: les filles de Saint-Vincent de Paul ne pouvaient venir prendre la relève telle que le clergé le désirait. Ceci permit à Émilie Gamelin de conserver l'Asile de la Providence qui ainsi, fut l'origine de la Communauté des Sœurs de la Charité de la Providence. Elles seront appelées à subvenir à de nouvelles nécessités, à soulager d'autres souffrances et à compléter ainsi l'organisation de la vie religieuse dans notre cité, à la suite de Jeanne Mance, Marguerite Bourgeois et Marguerite d'Youville.

Source ?

2013-02-02

Impressionnant cet amour du pauvre!....


 Court extrait tiré du livre :"Vie de Mère Gamelin" écrit par une Religieuse de sa communauté, en l'année 1900.

«Un fait touchant nous montre les attentions délicates que ces dames (Dames de Charité, 1930) savaient témoigner à leurs humbles protégées, et la part de joie qu'elles aimaient à leur assurer dans leurs fêtes de famille.

Mme Julien Tavernier, belle-sœur de madame Gamelin, célébrait les noces de sa fille unique. Après les réunions intimes de la famille et des amis, voulait donner un caractère de charité religieuse au souvenir  de ces jours de bonheur, elle offrit un banquet aux pauvres de l'asile en l'honneur des jeunes époux. Toute la famille y fut conviée, et les nouveaux mariés se firent un bonheur de servir de leurs mains les hôtes de la charité . Saintes agapes, qui rappelaient les pieux repas des premiers chrétiens, où l'indigent et le riche mangeaient à la même table le pain de la charité fraternelle! Pieuse pensée, qui associait la reconnaissance et la prière des membres souffrants de Jésus-Christ aux espérances et aux promesses d'un nouveau foyer chrétien! »

Qui de Mme Gamelin qui insuffla cet amour du pauvre à ces Dames de Charité, association fondée par elle, ou de sa famille qui lui a communiqué cette flamme de charité, on ne le sait. Ce qui importe,  c'est que des faits semblables se retrouvent à profusion dans toute sa vie.

2012-12-08

Nouveau témoin de la compassion d'Émilie: J.J.Girouard, notaire


Lettre du Notaire Jean-Joseph Girouard à son épouse. Montréal, novembre 1841. Orig.: AFLG. P4-B24.
M. Jean-Joseph Girouard, ex-prisonnier des troubles de 1837, rend témoignage à la Servante de Dieu en racontant lui-même ce qu'il a vu et entendu à la Maison de la Providence. Nous donnons ici la copie du texte à partir de l'original.

«La charité, l'amour explique tout, est capable de tout».

Je vais te faire part des souvenirs qui me restent d'une visite que j'ai dernièrement faite dans la Maison de providence établie par Mmc Gamelin. II y avait longtemps que je désirais aller voir madame Gamelin. La reconnaissance m'en faisait un devoir; car je vous ai souvent entretenu de toutes les peines que cette bonne dame s'était données pour secourir les pauvres prisonniers, et cela, dans un temps où un pouvoir farouche faisait, pour ainsi dire, un crime de l'humanité & de la bienfaisance. Dans ces temps malheureux. les femmes seules se montrèrent au-dessus des circonstances et soutinrent un courage que le sombre despotisme voulait entièrement abattre.
L'excellente femme dont je viens de parler ne trouvait plus dans les donjons de l'inquisition politique de malheureux compatriotes à secourir, à consoler, mais ses entrailles de chrétienne lui ont bientôt fait découvrir d'autres objets non moins dignes de sa sollicitude. ... venez avec moi chez madame Gamelin.
J'avais vu la charité chrétienne prendre sous sa protection l'infortune dès son entrée dans le monde; j'avais vu le pauvre petit innocent enfant de la foiblesse, de l'amour, du crime ou de l'extrême misère recueilli dès sa naissance, par les mains de la Religion et sauvé d'une fin prématurée. Il me restait à voir l'humanité trouver les mêmes secours au bout de sa course. Mais ici ce ne sont plus des soins à donner à d'innocentes petites créatures, soins souvent payés par le doux sourire de l'enfance; c'est l'humanité dans sa décrépitude, dans son état le plus déplorable, dans ses formes les plus repoussantes, j'oserais dire les plus hideuses. Bon Dieu! pourquoi ne pas mourir dans l'âge de la santé et de la force? Faut-il attendre que nous soyions cruellement abandonné par les sens qui nous mettent en rapport avec tout ce qui nous entoure, et surtout avec nos semblables? Pourquoi donc attendre que nous soyons assailli par toutes les infirmités & les douleurs qu'amène la vétusté de la machine corporelle, et lorsqu'il ne nous reste plus qu'une espèce de vie végétative, et que le sentiment de la souffrance. Eh bien, c'est lorsque, pour comble d'infortune, ces maux sont joints à la misère & au dénûment, que la vertu d'une femme est venue au secours de tous ces malheurs. Sans richesses, sans pouvoirs, sans moyens apparens, elle est venue à bout de mettre son plan charitable à exécution. Encore un peu de temps, et elle aura bâti, avec l'aide de quelques dames charitables de Montréal, et sur un ter­rain qu'elle a acheté auprès de l'Évêché, un hospice spacieux et bien approprié à son objet. Le pouvoir civil a reconnu et sanctionné son existence, et l'évêque de ce diocèse vient de lui donner un mandement d'ins­titution. Ce mandement dont j'ai pris communication, respire la tendre sollicitude et la douce piété qui caractérisent ce vertueux prélat. Pour le présent, Madme Gamelin se trouve resserrée dans un bien petit local.Cependant, entrez-y & vous serez étonnée de l'ordre et de la propreté qui y régnent.
Une trentaine de vieilles femmes, qui seraient peut-être mortes de misère ou faute de soins, ont trouvé là un refuge contre la pauvreté, un asile de paix et de consolation, où elles reçoivent continuellement tous les secours qu'exigent la caducité jointe à la cécité, à la surdité, à la paralysie et à toutes les autres infirmités de la vieillesse. Ce sont presque toutes des sexagénaires ou octogénaires; on y trouve même des centenaires. Leurs âges réunis forment un total de 1841 ans.

Quel âge aviez-vous, ma bonne mère, quand les Anglais ont pris le pays? J'avais quinze ans, monsieur — Vous rappelez-vous bien tout ce qui s'est passé dans ce temps? Ô monsieur! tout comme si c'était aujourd'hui. — Et vous, en m'adressant à sa voisine, étiez-vous mariée au siège de Québec? Non, pas encore, monsieur, mais j'étais grandette, et je me souviens bien que... Bonjour, bonnes mères, (en m'adressant à toute la salle), je reviendrai vous voir, je veux converser avec vous & m'instruire de l'histoire traditionnelle de mon pays. Aimez bien votre excellente bienfaitrice, respectez-la, et payez-la des soins qu'elle vous donne par votre obéissance et votre affection. — Et toutes celles qui pouvaient m'entendre, de faire, chacune à sa manière, son cri de reconnaissance.
Celles de ces pauvres femmes qui ne sont pas entièrement impotentes s'occupent à divers ouvrages. Les unes filent, les autres échiffent des morceaux d'étoffe avec les seuls doigts qui leur restent, les autres coupent et lient des lanières pour fabriquer des catalognes; celles-ci tricottent, celles-là font des poches et autres ouvrages appropriés à leur capacité. Celles qui ne peuvent travailler, prient, et j'en vis trois en adoration dans la petite chapelle où un prêtre vient tous les jours dire la messe. Au reste, elles sont toutes mises proprement & presque entièrement avec des étoffes fabriquées dans la maison.
Mme Gamelin est seule à la tête de cette maison, sans autre aide qu'une bonne fille qui s'est vouée comme elle aux soins de la vieillesse infirme et pauvre. Elles n'ont guères d'assistance parmi leurs commensales, si ce n'est une jeune fille aveugle qui peut laver la vaisselle et ballayer.
J'avais oublié de te dire, ma chère amie, que la dame que j'accompa­gnais dans cette visite qui m'a inspiré tout ce que je viens de t'écrire, passant près du lit d'une pauvre vieille pour lui donner quelques bonbons qu'elle lui avait apportés, me donna une scène bien attendrissante. Cette vieille, octogénaire, que la dame avait recueillie et placée elle-même dans cette maison, ne l'eut pas plutôt aperçue qu'elle lui tendit les bras et la tint em(brassée] en fondant en larmes. C'étaient les larmes de la reconnaissance: je ne pus retenir les miennes.
J'avoue que je n'ai pu laisser cet asile sans un sentiment d'admiration pour le zèle de l'excellente Mme Gamelin, et pour la source où elle a pu puiser la pensée et la force d'âme nécessaires pour accomplir une si bonne œuvre. Quelle est donc cette religion qui inspire d'aussi beaux, d'aussi touchans dévoûments?... Laisser les jouissances du monde, toutes les douceurs et les aisances de la vie, pour se consacrer exclusivement au soulagement de la misère! Et quelle misère, bon Dieu! Celle de la décrépitude la plus dégoû­tante... À peine trouve-t-on chez un parent, chez un ami assez d'attachement et de courage pour surmonter toutes ces répugnances. J'abandonne tous les traités de morale: ils n'en ont jamais donné à ceux qui n'en avaient pas. Je brûle tous les livres de controverses: ils ont fait de la religion une affaire d'esprit, de raisonnement, d'érudition, de calcul, & ils n'ont opéré que je sache aucune conversion à cette religion qui parle bien plus au cœur qu'à l'esprit. Oui, c'est dans ces institutions de la plus pure charité qu'il faut l'étudier, pou la connaître, la comprendre, la chérir et l'admirer. La foi c'est l'amour. Je ne veux plus entrer dans de vaines disputes avec certains beaux esprits que je rencontre assez souvent: je les enverrai où j'ai retrouvé tout ce qu'il fallait pour renouveler chez moi de consolantes convictions, et ces sentimens qui font le bonheur de l'homme dans l'adversité, et qui ont tant allégé les souffrances de ton ami.
J.J. Girouard    (Jean-Joseph)

P.S.  «Je crois que la dame qui vous accompagnait était Madame [Louis-Hippolyte] Lafontaine», une grande bienfaitrice de l'œuvre de la Servante de Dieu et l'épouse du Procureur général .

2012-11-15

Un témoin de la compassion d'Émilie pour les patriotes...


Voici un document à l'appui du fait de la compassion de la Servante de Dieu envers les prisonniers et leurs familles.


Un premier témoin est Sophie Longtin (1825-1914). Fille du prisonnier Jacques Longtin, elle deviendra plus tard Sœur Jean-Baptiste, s.p., et elle racontera comment elle a visité son père en prison, grâce à Madame Gamelin, le 8 novembre 1838. Nous donnons ci-après ce récit puisqu'il tient lieu d'original. Maintes fois cet épisode fut raconté par des contemporaines de Sœur Jean-Baptiste dont quelques-unes vivent encore aujourd'hui (1888).124 la témoin: Extr.: Vie de Mère Gamelin... (1900) op. cit., pp. 44-46.



«Le 8 novembre 1838, elle [Sophie Longtin] vint à Montréal avec sa mère pour tenter de pénétrer auprès du captif. La permission leur en fut refusée, et leur douleur fut d'autant plus grande que la loi martiale avait été proclamée la veille même, et que des rumeurs sinistres circulaient sur le sort réservé aux infortunés détenus. Dans son affliction, la pauvre femme se rendit chez madame Gamelin pour lui demander conseil et assistance.


«Celle-ci, raconte sœur Jean-Baptiste (Sophie Longtin), ne pouvant amener ma mère à la prison, à cause du refus qu'elle venait d'essuyer, eut la délicatesse de me prendre avec elle pour sa visite quotidienne. Je partis donc avec madame Gamelin, l'aidant à porter ses provisions, dont une part était destinée à mon pauvre père. J'avais le cœur bien gros, et des larmes brûlantes coulaient le long de mes joues, en songeant que j'allais voir mon père bien aimé, prisonnier dans cet affreux donjon, lui si bon et que nous aimions tant!
«Nous traversâmes la cour de la prison entre deux rangées de soldats armés. Le guichetier ouvrit une immense porte en fer et la referma sur nous. Je tremblais de tous mes membres, mais madame Gamelin me rassura avec une bonté toute maternelle.

«Bientôt nous fûmes dans la salle des détenus. En l'apercevant, les prisonniers allèrent au-devant d'elle comme au-devant d'une mère. Elle les salua en leur disant: "Je viens voir comment se portent mes enfants aujour­d'hui!" Pendant qu'elle leur distribuait les messages de leurs familles et ses provisions, parmi lesquelles il y avait du tabac et des friandises, je pus voir mon bon père. Je ne sais ce que je lui dis, mes sanglots m'étouffaient; mais cette entrevue est restée pour toujours gravée dans mon esprit.

«Durant cette longue visite, madame Gamelin fit à ses chers prisonniers une courte lecture de piété, comme elle le faisait toujours; elle récita le chapelet avec eux et, sur le point de partir, leur dit en souriant: «Si vous voulez bien, avant que je me retire, nous allons faire ensemble notre prière du soir.» Et tous ces braves gens, s'agenouillant sur les dalles, mêlèrent une dernière fois dans la prière leur voix à celle de leur ange consolateur.


«Cent douze patriotes subirent leur procès devant la Cour martiale, du 28 novembre 1838 au 1er mai 1839; quatre-vingt-dix-huit furent condamnés à mort; douze furent exécutés; douze, mis hors de cause ou acquittés; trente, libérés sous caution, et cinquante-huit, exilés.»