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2017-07-05

Émilie Gamelin visite les prisonniers

Madame Gamelin obtint du Séminaire une partie des aumônes qu’il faisait pauvres de cette partie de la ville, avec le privilège d’en garder une part pour sa maison qui hébergeaient 24 dames âgées et infirmes.

Toujours prête du reste à soulager des infortunes et des douleurs nouvelles, Madame Gamelin ne confinait pas son dévouement et son zèle au service des pauvres de son asile et de son quartier. L’insurrection de 1837 lui fournit l’occasion d’en donner la preuve.

La prison de Montréal regorgeait de prisonniers politiques dont un grand nombre appartenait à de bonnes familles. Beaucoup d’entre eux avaient une femme et des enfants, avec lesquels il leur était rigoureusement défendu de communiquer. C’était pour tous une cruelle souffrance, qui venait aggraver l’incertitude et l’angoisse de leur situation.

Madame Gamelin s’émut de leur infortune et s’occupa  d’y  porter secours. À ce motif de compassion s’ajoutait le désir de faire quelque bien à leur âme, en ranimant en eux des  sentiments de foi et d’espérance.

Elle sollicita des autorités et obtint sans peine, grâce à l’estime et au prestige dont elle jouissait, un permis général pour pénétrer auprès des détenus, chaque fois qu’elle le désirait, et pour leur porter tous les secours quelle jugerait opportun.

Elle profita largement de l’autorisation, et on la vit chaque jour, ayant au bras un panier rempli de provisions et acccompagnée d’une dame, qui était le plus souvent madame Gauvin franchir le seuil du triste édifice, saluée au passage par les fonctionnaires anglais qui lui présentaient les armes.

La nouvelle de la faveur accordée à Madame Gamelin se répandit rapidement dans le pays, et elle ne tarda pas à recevoir une foule de visites ou de lettres des parents et des amis des captifs, qui lui confiaient leurs messages et leurs dons pour les prisonniers. Elle se chargeait avec bonheur de ce service.


Elle manifestait ainsi son ministère de compassion et de bonté, qui préparait la conversion de plus d’une âme. En ville, on l’avait surnommée « l’ange des prisonniers ».

2016-05-22

Un témoin de la compassion d'Émilie Gamelin pour les patriotes...

Voici un document à l'appui du fait de la compassion de la Servante de Dieu envers les prisonniers et leurs familles.

Un premier témoin est Sophie Longtin (1825-1914). Fille du prisonnier Jacques Longtin, elle deviendra plus tard Sœur Jean-Baptiste, s.p., et elle racontera comment elle a visité son père en prison, grâce à Madame Gamelin, le 8 novembre 1838. Nous donnons ci-après ce récit puisqu'il tient lieu d'original. Maintes fois cet épisode fut raconté par des contemporaines de Sœur Jean-Baptiste dont quelques-unes vivent encore aujourd'hui (1888).124 la témoin: Extr.: Vie de Mère Gamelin... (1900) op. cit., pp. 44-46.

«Le 8 novembre 1838, elle [Sophie Longtin] vint à Montréal avec sa mère pour tenter de pénétrer auprès du captif. La permission leur en fut refusée, et leur douleur fut d'autant plus grande que la loi martiale avait été proclamée la veille même, et que des rumeurs sinistres circulaient sur le sort réservé aux infortunés détenus. Dans son affliction, la pauvre femme se rendit chez madame Gamelin pour lui demander conseil et assistance.

«Celle-ci, raconte sœur Jean-Baptiste (Sophie Longtin), ne pouvant amener ma mère à la prison, à cause du refus qu'elle venait d'essuyer, eut la délicatesse de me prendre avec elle pour sa visite quotidienne. Je partis donc avec madame Gamelin, l'aidant à porter ses provisions, dont une part était destinée à mon pauvre père. J'avais le cœur bien gros, et des larmes brûlantes coulaient le long de mes joues, en songeant que j'allais voir mon père bien aimé, prisonnier dans cet affreux donjon, lui si bon et que nous aimions tant! «Nous traversâmes la cour de la prison entre deux rangées de soldats armés. Le guichetier ouvrit une immense porte en fer et la referma sur nous. Je tremblais de tous mes membres, mais madame Gamelin me rassura avec une bonté toute maternelle.

«Bientôt nous fûmes dans la salle des détenus. En l'apercevant, les prisonniers allèrent au-devant d'elle comme au-devant d'une mère. Elle les salua en leur disant: "Je viens voir comment se portent mes enfants aujour­d'hui!" Pendant qu'elle leur distribuait les messages de leurs familles et ses provisions, parmi lesquelles il y avait du tabac et des friandises, je pus voir mon bon père. Je ne sais ce que je lui dis, mes sanglots m'étouffaient; mais cette entrevue est restée pour toujours gravée dans mon esprit.
«Durant cette longue visite, madame Gamelin fit à ses chers prisonniers une courte lecture de piété, comme elle le faisait toujours; elle récita le chapelet avec eux et, sur le point de partir, leur dit en souriant: «Si vous voulez bien, avant que je me retire, nous allons faire ensemble notre prière du soir.» Et tous ces braves gens, s'agenouillant sur les dalles, mêlèrent une dernière fois dans la prière leur voix à celle de leur ange consolateur.

«Cent douze patriotes subirent leur procès devant la Cour martiale, du 28 novembre 1838 au 1er mai 1839; quatre-vingt-dix-huit furent condamnés à mort; douze furent exécutés; douze, mis hors de cause ou acquittés; trente, libérés sous caution, et cinquante-huit, exilés.»

2014-02-09

A LA PAROISSE ST PIERRE CLAVER

MES SALUTATIONS À CHACUNE DES PERSONNES ICI PRÉSENTES.

Il me fait plaisir d’être avec vous, aujourd’hui, pour faire mémoire des patriotes, ces canadiens-français du 19e siècle qui sont passés à l’histoire et dont le souvenir nous est rappelé, chaque année, en février et en mai. Nous parlerons également d’Émilie Gamelin qui a été proche des patriotes et de leurs familles. Avec d’autres femmes, elle a montré par sa vie qu’elle croyait au Dieu Providence qui demande notre collaboration pour réaliser ses plans.

Avant les troubles de 1837, les canadiens-français protestaient déjà au sujet des conditions qui leur étaient réservées; il y eut des articles de journaux, des rassemblements dans les rues, pour dénoncer les injustices envers eux et l’abus de pouvoir du Conseil législatif. Certains parmi eux sont emprisonnés, puis relâchés et les manifestations se continuent en différents endroits de Montréal ou de la vallée du Richelieu. Les hommes mènent leur combat politique contre la domination anglaise afin d’obtenir un gouvernement responsable, formé de canadiens-français élus.

Pendant ce temps, les femmes organisent un combat social et développent tout un réseau de services en faveur des familles démunies. On pourrait nommer plusieurs de ces femmes, mais une figure émerge, reconnue par les autorités civiles du temps, c’est Madame Émilie Gamelin. Sans richesse, sans pouvoir, sans moyen apparent, c’est avec son cœur tout de compassion et de charité qu’elle se fera accepter en prison pour apporter un peu de réconfort aux dames et aux malades mentaux incarcérés.

Quand les patriotes arrivent à la Prison Au Pied-du-Courant, en 1837, Madame Gamelin obtient du shérif, qui pourtant refusait toute visite, la permission de visiter les prisonniers, de leur apporter un peu de soupe et de pain, ainsi que des vêtements. De son cœur charitable, elle trouve moyen d’adoucir les mauvaises conditions de détention, se faisant messagère des familles et des prisonniers, priant avec eux et leur distribuant des images de N.D. de la Délivrance. Le régime carcéral aurait été insupportable sans le réconfort des visites de Madame Gamelin qui avaient la vertu d'atténuer l’amertume des privations. Dans la ville, on reconnaît Émilie Gamelin comme «l’Ange des prisonniers politiques».

Des témoignages nombreux confirment l’importance de son action qui n’avait rien de politique, mais était inspirée de sa charité et de la force de son implication citoyenne dans son milieu. Entre autres témoignages, le notaire Jean-Joseph Girouard, lui-même patriote et prisonnier lors des troubles de 1837, reconnaîtra plus tard en Madame Gamelin une femme toujours prête à secourir les infortunés et les plus malheureux. Un fait historique est à mentionner: on doit à Madame Gamelin d’avoir reçu des mains de François-Marie-Thomas Chevalier De Lorimier, la veille de son exécution à l’échafaud, une lettre à son épouse et une autre à ses compatriotes qui tient lieu de testament. Elle remettra à son épouse les précieux documents et passera la nuit en prière avec elle.


Mais qui était donc cette Madame Gamelin ?
Née avec le 19e siècle, le 19 février 1800, elle était la dernière d’une famille de 15 enfants, dont 9 étaient déjà décédés à la naissance d’Émilie. La famille Tavernier était installée sur une terre appelée ‘Fief Providence’, située au nord de l’actuel parc Jeanne-Mance, à Montréal; un détail ordinaire peut-être, ce nom de Providence, mais qui aura son importance dans la vie d’Émilie car le peuple donnera plus tard à son œuvre le nom de ‘providence’ , en se disant les uns les autres : ‘C’est une vraie providence ou allons à la providence’ !

Émilie Tavernier avait hérité de sa mère, surtout, un cœur de compassion et une grande générosité envers les démunis. Orpheline de mère à 4 ans, de père à 14 ans, elle est recueillie par une tante; elle ira aider son frère devenu veuf et sa cousine de Québec lors d’une grossesse difficile. A son retour à Montréal, elle fera la connaissance de Jean-Baptiste Gamelin, de 27 ans son aîné, pomiculteur, bourgeois et bienfaiteur envers les pauvres. Même si auparavant, Jean-Baptiste avait dit NON deux fois au pied de l’autel, Émilie accepte de l’épouser. Ils contractent mariage, deviennent parents de trois enfants qui décèdent successivement quelques mois après leur naissance; son époux partira de même, de sorte qu’à 28 ans, elle est veuve et seule dans sa douleur. Après quelque temps de deuil , elle trouvera dans la prière et dans la contemplation d’une image de la Vierge des Douleurs, la force de se lever, d’aller vers les autres, marchant dans les rues de la ville à la rencontre de plus malheureux, oubliant ses propres souffrances.

Durant 15 ans, elle continuera ses implications auprès des pauvres jusqu’à ce qu’elle fonde, avec l’Évêque du temps, la Communauté des Sœurs de la Providence, en 1843. Madame Gamelin deviendra Mère Gamelin. Elle ne vivra que huit ans dans sa Communauté et décèdera le 23 septembre 1851, d’une maladie contagieuse, contractée dans le service auprès des malades, venus en grand nombre de pays d’Europe. À travers le temps et en différents pays, les Sœurs de la Providence, ainsi que des personnes Associées, amies, collaboratrices, ont voulu poursuivre l’action engagée d’Émilie jusqu’à nos jours, en faveur des plus pauvres, tout en se laissant évangéliser par eux, car nous avons toujours besoin d’apprendre à aimer et à servir cette humanité souffrante en commençant par les plus pauvres, qu’ils soient malades, prisonniers, immigrés, jeunes toxicomanes, orphelines, personnes sourdes, malades mentaux, mères laissées seules ou vieillards oubliés.

En terminant, nous pouvons ici rendre hommage aux patriotes qui ont lutté pour leurs droits, leur liberté de foi et de langue. Il faut louer également leur courage, leur ténacité, leur amour de la patrie. Les Jeunes Patriotes et la Société St-Jean-Baptiste, et peut-être d’autres groupes, poursuivent, encore aujourd’hui, l’engagement de ces hommes valeureux que furent les Patriotes de 1837-39.

Nous rendons hommage également à Émilie Gamelin et nous rendons grâce au Dieu Providence pour cette vie si bien remplie et totalement vouée au profit des plus faibles que Jésus a tant aimés et à qui il a montré un visage de miséricorde et de tendresse. À nous comme à Émilie, il redit : ‘’J’avais faim…, j’étais seul…, j’étais prisonnier…, et vous êtes venus jusqu’à moi’’. Nous aussi, allons de par les rues, dans nos milieux, et annonçons à tous la Bonne Nouvelle d’un Dieu Providence qui nous aime et nous invite à participer à son œuvre de salut.

Thérèse Drainville, s.p. 16 février 2013, Paroisse Saint-Pierre Claver, Montréal

2013-11-25

LA VIE D’ÉMILIE… UN CHEMINEMENT DANS LA FOI

EN TERMINANT L’ANNÉE DE LA FOI

Dans son plan d’amour, le Seigneur a tracé la route qui acheminait Émilie vers la réalisation d’une mission :

Au moment des deuils multiples qu’elle a connus, le OUI de l’acceptation généreuse la conduisit à une communion profonde avec la Vierge au pied de la Croix.

Après le décès de son époux et de ses enfants, Madame Gamelin choisit le célibat et s’engage, par vœu privé, à continuer de servir les pauvres le reste de sa vie. Le OUI de la compassion la fera Mère des pauvres, femme au cœur attentif, une vraie Providence.

Par le OUI d’une présence discrète, Émilie soignera les malades, les accueillera chez elle, les réconfortera et visitera les prisonniers, comme laïque engagée, durant quinze ans.

Le OUI du courage affermit la décision d’Émilie. Elle deviendra religieuse et pour ses filles, les Sœurs de la Providence, elle deviendra fondatrice.

Émilie souffrira dans son corps, dans son cœur, dans son âme. Mais le OUI de la force la gardera debout dans l’épreuve.

Son dernier OUI, celui de l’amour la conduit vers le Royaume, où l’attendent tous ceux qu’elle a servis comme ses maîtres et ses seigneurs.

Yvette D.
Échos d’Émilie (extraits)

2012-09-23

EN CE JOUR DE FÊTE

Pour souligner la fête d'Émilie Gamelin, voici un texte reçu d'un ami. Belle réflexion! Un hommage à cette grande dame qu'était Émilie et qui l'est encore de nos jours car son message et son héritage sont toujours d'actualité....!

Année B : lundi 25e semaine ordinaire (litbo25l.12)
Mt 25, 31-40; Mère Gamelin : une sortie de table remarquée

L'incarnation, c'est Dieu qui se courbe très bas pour nous étreindre de son amour. Cet abaissement décrit l'humilité de Dieu. Notre foi clame qu'un Dieu s'est identifié aux affamés, aux assoiffés, aux étrangers, aux prisonniers, aux mal-aimés. Qu'il se laisse voir en eux. Le Dieu Jésus se réjouissait d'être avec les gens simples et ceux qui sont rejetés par leur entourage et la société. Il montrait ainsi sa nature profonde, sa divinité dans un visage de miséricorde, de douceur, de tendresse, de bonté débordante.

Ce qu'a compris Mère Gamelin dans sa contemplation de Jésus, c'est que le Dieu de sa foi lui demandait non pas tant de parler de Lui mais de sortir à la manière d'Abraham, de tout quitter afin que les autres puissent Le trouver en sentant combien il vivait en elle et qu'elle vivait en lui. Sa foi «sorteuse» s'exprimait dans l'imitation de la manière de vivre de Jésus qui n'avait aucun lieu où reposer sa tête. Certains sont baptisés mais ne sont pas chrétiens. D'autres sont baptisés mais demeure en eux le vieil homme étranger à une manière de vivre en relation avec les autres. En Mère Gamelin, l'action se mariait avec la jouissance de Dieu, chacune ne gênant pas l'autre (Tauler).

Le style, c'est l'homme lui-même, écrivait Buffon le jour de son intronisation à l'académie française au XVIIe. La manière de vivre de Mère Gamelin disait ce qu'elle était. Son style de vie était une joyeuse nouvelle rendant visible ce qui débordait de son être même. Elle a donné aux démunis sans pasteur de véritables raisons pour continuer à espérer. Son style de vie a fait que les démunis, les indignés, ont rencontré ce Dieu qu'ils cherchaient et qui les cherchaient. Elle a ennobli leur vie. Elle était un «petit verbe», un paradis recherché, une «église» nourrissante. Elle a été multiplicatrice de pains et aujourd'hui nous récoltons des paniers de ce qui en reste (Mc 8, 1-11). Ce qu'elle a été ne passera jamais.

Si nous ne nous laissons pas surprendre par sa manière de vivre, nous n'écouterons que d'une oreille distraite son combat pour les droits humains qui visait les détresses les plus élémentaires et les plus profondes : la faim, la marginalisation, la vulnérabilité de qui est sans vêtements, les itinérants, les déficients intellectuels. Les pauvres ne lui ont pas pris sa vie, elle leur a donné. Aujourd'hui, et je paraphrase la première lecture, si la connaissance même partielle de Dieu nous intéresse, cela nous oblige à prendre son chemin - sors de ton pays - et oser nous faire proche de tous ces «indignés» qui sont les «représentants» désignés et privilégiés de Jésus pour se faire reconnaître. Pour elle la chair des hommes [était] la chair de Dieu (Jean Sulivan, Les hommes du souterrain, Ddb, p. 217).

Allons plus loin. Ce chapitre 25 de Matthieu indique que la rue, peut-être plus que nos églises, est le lieu de la rencontre de Jésus. Voulons-nous être avec le Christ ? Il y a la prière certes, mais avant tout, il y a l'implication sociale que le père Joseph Moingt appelle l'humanisme évangélique. Le père Guy Paiement, très engagé socialement, répétait souvent que le chrétien a l'obligation de sortir de table. Mère Gamelin a fait goûter et voir comme est bon le Seigneur (Ps 22) en adoptant le comportement de l'homme nouveau (Ep 4,24). En sortant de table.

Pour Mère Gamelin, s'il était nécessaire de mettre tout en commun (Ac 2, 44), il était plus urgent de se dépenser elle-même tout entière, dirait Paul (2 Co 12, 15) parce que ce qui demeure, c'est la charité (1 Co 13, 13) en acte. Elle nous enseigne qu'il n'est pas question d'attendre la mort ou même la fin du monde pour rencontrer Dieu. Elle nous fait goûter que la vie éternelle est déjà commencée en nous. J'étais malade, j'avais faim, j'étais un indigné. Elle fut une «briseuse» de solitude et désirait empêcher que le monde se défasse, pour citer Guy Aurenche, qui a lutté plus de quarante ans pour une terre solidaire.

Elle fut dans notre histoire une petite miette de pain qui a nourri avec presque rien, une petite graine de sénevé devenue ce grand arbre indéracinable malgré les tempêtes de notre histoire récente, que sont les «saintetés» de la Providence. Le Royaume de Dieu ne se manifestera jamais par des éclats de puissance. Il se trouve là où des gestes de justice, de paix et de joie dans l'Esprit saint (Rm 14, 17) sont quotidiennement enfouies dans les cœurs.

Il y a pour nous aujourd'hui, un devoir de mémoire (Jean-Paul II) à nous remémorer tout ce que cette femme d'ici a fait en sortant dehors et que les événements du parc portant non nom nous rappelle. Sors de ton pays et va vers le pays que je t'ai montré. À l'heure où s'ouvre un synode sur l'évangélisation, il s'agit moins de parler haut et fort de Jésus mais de sortir dehors pour semer à tout vent un grand projet, celui d'un humanisme évangélique. AMEN.

Gérald Chaput, un ami d'Émilie



2012-07-03

Émilie hier... Héritage, aujourd'hui


Émilie .... Hier

Celle qui est charitable...

pour les aliénés

Quand, en 1852, les Sœurs de la Providence ouvriront un  hospice d'aliénés à la ferme Saint-Isidore, de la Longue -Pointe. On y accueillera dix-sept patients et patientes dont huit venaient de l'Asile de la Providence. Depuis 1845, Mère Gamelin avait recueilli des malades mentaux dans la petite maison située dans l'enceinte du jardin de l'asile... La résidence avait été réaménagée pour héberger trois aliénés, un homme et deux femmes, confiés aux soins de sœur de l'Assomption (Catherine Brady)...     

Cette initiative de Mère Gamelin marque le début modeste de l'œuvre la plus considérable des Sœurs de la Providence. Après la mort de l'idiot Dodais, que lui avait confié son mari, Émilie avait toujours recueilli avec la plus profonde affection les malades mentaux qui lui étaient confiés. La médecine de l'époque, encore plus impuissante que celle d'aujourd'hui, ne réussissait guère à les soulager ou à les guérir. On devait le plus souvent se contenter de les interner et de les lier quand ils étaient violents et représentaient une menace pour eux-mêmes ou pour leur entourage. Mère Gamelin et ses filles vont tenter de suppléer à ces carences par la bonté, la douceur et  l'affection.

Lors de ses visites régulières à la prison, madame Gamelin avait l'habitude de s'arrêter auprès des "insensés" et leur apportait soins et affection. En endossant l'habit de religieuse, elle n'avait pas renoncé à ces visites. En 1846, le DR J.B.C. Tresler, médecin à la prison de Montréal, déplore alors la situation  pitoyable des malades qui se trouvent à la prison et souhaite qu'une institution religieuse les prenne en charge. Il signale à Mgr Bourget qui s'apprête à partir pour 1'Europe, que les frères de Saint-Jean de Dieu se spécialise dans le soin de ces malades. Il lui transmet aussi les données du dernier recensement: le Bas-Canada compte 950 idiots, 308 aliénés. L'évêque, qui avait  déjà projeté d'établir, dans son diocèse, deux maisons pour ces malades, une pour les hommes et une pour les femmes, visitera l'établissement des Frères à Lyon, le 11 décembre 1846...

Dans le Mandement qu'il adresse aux Sœurs de la Providence le 15 mai 1846, après sa deuxième visite pastorale, Mgr Bourget écrit: "Continuez avec zèle l'œuvre des insensés et n'oubliez rien pour améliorer le sort de ces infortunés." Il leur recommande de visiter la prison de l'Hôpital Général .... aussi souvent "qu'elles le pourront" en attendant de pouvoir réaliser l'œuvre plus importante qu'il entrevoit...

Les autorités religieuses ne sont pas les seules à s'alarmer de l'abandon des malades mentaux. "Depuis 1835, de nombreuses pressions sont faites par de hauts dignitaires, sans succès, pour ouvrir une maison à Montréal."

En 1849 le moment semblait venu de se consacrer "pour de bon",  aux œuvres si nécessaires des aliénés et des prisonniers. Mme Gamelin communique les grandes lignes de ce projet à Louis.-H. Lafontaine. Elle a besoin de l'aide financière du gouvernement pour le mettre à exécution. Les sœurs accepteraient de s'occuper des insensés, écrit-elle, si le gouvernement consentait à les aider à bâtir une maison sur leur terre de la Longue-Pointe.... Deux sœurs et un prêtre iront à "l'Hospice des Insensés" de Boston et à celui de Baltimore... en mai 1850. L'œuvre des  aliénés s'épanouira à la Longue-Pointe, (futur St-Jean-de-Dieu et futur L-H Lafontaine) après la mort de la fondatrice.

 Texte : Émilie Tavernier-Gamelin, par Denise Robillard, pp  217-219- 277-278

Pour des informations sur l'Hôpital Louis-H Lafontaine:

2012-05-21

PATRIOTES ELLES AUSSI

La rébellion de 1837-39 est une page tragique de notre histoire. Tant d’hommes blessés, condamnés, tués pour leur seule exigence de la justice. Arrachés à leurs épouses, à leurs enfants. Julie Papineau, une des plus connues, de même que Henriette Cadieux .

MAIS QU’EN EST-IL DES AUTRES FEMMES ?

Certaines livrées à elles-mêmes, jetées à la rue, dénudées. Du jour au lendemain, elles n’ont plus rien : Esther St-Germain, Émilie Berthelot, Mme Benjamin Maynard, Esther Lanctôt, Julie Turcot.

Les femmes de patriotes avaient fort à faire, aussi leurs amies, des bénévoles, des âmes généreuses.

Parmi elles, MADAME ÉMILIE TAVERNIER, devenue par la suite MÈRE GAMELIN, au coeur attentif, au point que les patriotes la surnommeront leur bienfaitrice, puis L’ANGE DES PRISONNIERS. Grâce à la soupe qu'elle leur fournira tous les jours, elle leur permettra de survivre.

Pour sauver les hommes, les femmes étaient prêtes à tout. De nombreuses requêtes furent envoyées à John Colborne. Leur vie ne tenait à rien. Pour que l’insurrection cesse, il fallait donner l’exemple, pousser ‘les insoumis’ à la potence, sur la place publique. Pour surmonter l’inacceptable, les femmes n’avaient que la foi, la prière. Combien de neuvaines n’ont-elles pas faites. Certaines femmes, en silence, ont dû offrir leur vie pour sauver celle d’un fils, d’un époux, d’un père. Les femmes écoutaient, entièrement absorbées par les paroles de leurs hommes, les dernières qu’elles entendaient. Beaucoup d’entre elles ne se remarieront jamais et voueront toute leur vie un culte à ces êtres morts en héros.

Bien des mots n’ont pas besoin d’être ‘féminisés’ pour exister à part entière. Ainsi le mot PATRIOTE. Les rebelles de 1837-39 étaient aussi des femmes, DES PATRIOTES, avec un grand P.

Marie D. (Revue Madame)

2012-03-21

Entretien aux JEUNES PATRIOTES DU QUÉBEC

15 FÉVRIER 2012 Place Dupuis, au Pub de la Place, 1475, rue St-Hubert, Montréal

Comme à chaque année, Les Jeunes Patriotes veulent honorer les Dames Patriotes et spécifiquement Émilie Gamelin en invitant une soeur de la Providence à leur parler d'Émilie et en déposant une gerbe de fleurs à son monument de la station Berri Uquam . Voici quelques courts extraits de l'entretien de soeur Madeleine Coutu.

Cadette d'une famille de quinze enfants, Émilie Tavernier naît à Montréal, le 19 février 1800, sur un terrain qui a nom "Terre Providence" et propriété des Sœurs de l'Hôtel-Dieu. La maman Tavernier l'initie très tôt à l'amour du pauvre.

Émilie émerge de son entourage par ses bonnes manières affables, sa jovialité, mais surtout par sa grande disponibilité. On la retrouve à 18 ans, tenant maison chez son frère veuf, et à 21 ans à Québec chez sa cousine. Émilie a demandé à son frère de pouvoir recevoir un pauvre à une table réservée pour lui, table qu'on a appellera "Table du Roi".

A 23 ans, Émilie contracte mariage avec Jean-Baptiste Gamelin, dans l'église paroissiale Notre-Dame. Ils seront maintenant deux pour soulager les miséreux car l'époux est animé du même désir, et la pauvreté est grande autour d'eux. En l'espace de 4 ans de 1823 à 1827, Émilie verra naître et mourir ses trois enfants ainsi que son mari. Les pauvres seront ensuite sa grande famille. Trois fois, elle déménagera pour pouvoir recueillir chez elle un plus grand nombre de vieilles infirmes.
Pour Madame Gamelin, visiter les prisonniers politiques, c’était continuer ce qu’elle faisait déjà pour les femmes prisonnières et les malades mentaux.

Le 16 novembre 1837, 26 mandats d’arrestation sont émis à Montréal. Madame Gamelin apprend que son frère François Tavernier est du nombre. Il sera libéré lors de l’amnistie du 8 juillet 1838 moyennant une caution de 1000 livres. Il poursuivra son engagement politique et sera de nouveau emprisonné le 24 décembre 1838.
C’est le shérif qui empêche les visites aux prisonniers, avait écrit le notaire Girouard à sa femme, le 21 mai 1838. Il se montra inflexible et refusa d’autoriser les visites sauf à madame Gamelin. Le notaire confirme … « que des dames charitables de Montréal ont la permission d’apporter de la soupe aux pauvres prisonniers ». Le régime carcéral était austère. Sans ces visites et ces secours, les prisonniers n’auraient eu « que du pain pour toute nourriture » précisent certains prisonniers.

Il écrit encore …« Ceux qui se trouvaient dans la pénurie, ne devaient les moyens d’adoucir l’amertume de leurs privations qu’à des secours obtenus des citoyens, surtout par les soins d’un nombre de Dames de Montréal dont la conduite au-dessus de tout éloge, en particulier Mmes Gamelin et Gauvin, qui recueillaient ces produits de la charité, qu’elles venaient distribuer plusieurs fois par semaine, aux habitants de ce séjour de douleur. »

La nouvelle se répand vite. Madame Gamelin, qui compte des amis et des alliés dans tous les partis, n’hésite pas à se faire la messagère des familles et des prisonniers et remet aux uns et aux autres les lettres et les colis qui lui sont confiés. Dans la ville, on la surnomme « l’ange des prisonniers politiques ».  Des témoignages de plus en plus nombreux viendront confirmer l’importance de son action.
Le 7 novembre 1838, madame Gamelin se présente comme d’habitude à la prison « avec des paroles de consolation sur les lèvres et de bonnes provisions dans ses mains. Elle prie avec les prisonniers, leur fait une lecture spirituelle et distribue avant de partir des images de Notre-Dame-de-la-Délivrance. Léandre Ducharme, un commis de Montréal âgé de 21 ans, conservera précieusement cette image durant son exil en Australie et la rapportera à son retour aux Sœurs de la Providence.
(À suivre)